Lycée contaminé par l’amiante : le milieu scolaire en danger

Lycée Georges-Brassens – Val de Marne
De l’amiante utilisé pour isoler les bâtiments scolaires mettant gravement en danger les élèves et enseignants.

Publié le 21/03/2019 à 03:06

Avocat Spécialiste Amiante - Contre l'Amiante à l'Ecole

Définition

Historiquement, l’amiante, du grec amianbos signifie incorruptible. En effet, l’amiante est une substance minérale naturelle avec d’exceptionnelles qualités d’inflammabilité, d’incombustibilité, de résistance technique et d’isolation. Les fibres d’amiante se trouvent dans la roche. Le matériau n’est pas couteux, sa qualité de résistance à la chaleur et au feu est remarquable.

En France, 35.000 personnes sont décédées d’une maladie de l’amiante entre 1965 et 1995. Selon l’organisation internationale du travail, 100.000 personnes meurent chaque année dans le monde après avoir été en contact avec l’amiante.

Rappel historique

La révolution industrielle a favorisé le développement considérable de l’utilisation d’amiante qui devient le « magic mineral ».

Premières alertes

Mais très rapidement, dès 1899, un médecin de Londres, le Docteur MURRAY diagnostique une fibrose pulmonaire. La maladie a entrainé le décès d’un ouvrier qui avait travaillé pendant 14 ans dans un atelier de cardage d’une filature d’amiante.

En 1906, l’inspecteur du travail Denis AURIBAULT rédige un rapport sur la surmortalité des ouvriers d’une usine de textile utilisant de l’amiante mais ce document est classé sans suite.

La société ETERNIT est créée en France en 1922. A compter de cette date, la production mondiale ne va cesser d’augmenter.

Premières protections

Pourtant, dès 1931, le Grande-Bretagne édicte une première réglementation. Elle a pour but de limiter la substance dans les usines à la suite de la découverte par deux chercheurs du cancer de la plèvre (mésothéliome).

En France, l’ordonnance du 2 août 1945 a créé le tableau n°25 des maladies professionnelles reconnaissant les fibroses pulmonaires consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante.

Ensuite, le décret du 31 août 1950 a créé le tableau n°30. Il reconnait l’asbestose (maladie chronique des poumons causée par une exposition prolongée à des fibres d’amiante) comme maladie professionnelle.

En 1954, l’épidémiologiste Richard DOLL publie une étude sur la dangerosité du minerai.

De leur côté, les industriels s’organisent pour défendre la production et l’utilisation du minerai et forment des lobbys.

Dès 1975, les chercheurs du campus Jussieu découvrent que les bâtiments universitaires sont isolés avec de l’amiante. Ainsi, ils organisent un « collectif intersyndical sécurité des universités Jussieu ».

Premières interdictions

En 1977 le professeur Jean BIGNON écrit au Premier Ministre Raymond BARRE une lettre révélant l’extrême dangerosité du minerai. Le gouvernement prend un arrêté le 29 juin 1977 interdisant le flocage dans les immeubles d’habitations.

Ce n’est qu’à partir du 1er janvier 1997 que le minerai sera définitivement interdit en France.

Ensuite, la loi de financement de la sécurité sociale de 2001 créé le Fonds d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante (FIVA).

Le cas du Lycée Georges-Brassens

Avocat Amiante - Indemnisation de la victime
Poussières d’amiante

Les bâtiments du lycée aurait un taux d’amiante anormalement élevé. Ainsi, les professeurs ont cherché des preuves dans les archives du lycée.

La lettre d’Armelle le Cam

Ils ont retrouvé une lettre de 1979 d’Armelle Le Cam, ancienne représentante de la mairie de Villeneuve-le-Roi au conseil d’administration du lycée adressée au préfet du Val-de-Marne : « une part importante des travaux reste à faire et concerne (…) la suppression du flocage en fibre d’amiante des plafonds qui, en se dégradant, tombe par plaque et libère des particules extrêmement dangereuses pour la santé des élèves et des professeurs ».

A l’époque, dans un souci d’économie, plutôt que de refaire les plafonds, l’administration a décidé de recouvrir les flocages de simples faux plafonds. Cette protection n’est malheureusement plus efficace aujourd’hui avec la détérioration de ces faux plafonds.

Autre témoignage

Par ailleurs, un autre témoignage d’une ancienne professeur indique que dans les années 2000, pour mettre les ordinateurs dans les salles de classe, « il a fallu tirer des câbles pour installer des prises électriques et faire passer les gaines par le plafond. ». Elle se rappelle souffler sur son bureau en arrivant en classe : « On faisait voler la poussière avec les élèves. Comment aurais-je pu penser que mon institution nous laissait courir un tel danger ? ».

Annie Thébaud-Mony, sociologue, directrice de recherches à l’Inserm, dirigeante du groupement d’intérêts scientifique sur les cancers professionnels (GISCOP0) à l’université paris XIII et spécialiste des questions de santé publique dénonce cette mise en danger dans le milieu scolaire : « on s’est donné les moyens de ne pas savoir de façon précise ».

L’amiante n’ayant été interdit en France qu’à partir de 1997, beaucoup d’établissements scolaires construits avant cette date ne sont dès lors plus aux normes. La persistance de ce minerai dans les écoles est très préoccupante. De plus, les enfants sont d’autant plus exposés que leurs cellules sont en formation et donc vulnérables. Un recensement de toutes les écoles dans lesquelles il y a de l’amiante devrait être organisé comme Henry Pézerat, ancien directeur au CNRS l’avait déjà formulé… mais cette proposition n’a jamais aboutie.

Selon les autorités sanitaires, d’ici 2025, des milliers de décès sont attendus. En effet, les maladies peuvent survenir jusqu’à 40 ans après l’exposition.

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